Droit et internet

La starlette au haras

vendredi 8 juillet 2011

La période estivale étant quelque peu propice à un ralentissement neuronal bienvenu, attardons nous sur une décision d’espèce, qui vaut par sa parfaite rédaction juridique, beaucoup plus que pour les médiocres qualités artistiques de la requèrante.

Depuis quelques années, certaines chaînes privées croient bon de nous infliger le spectacle de midinettes livrées aux assauts d’étalons en rut lors de "reality shows". C’est la conséquence judiciaire de l’un d’eux que nous allons évoquer aujourd’hui.

L’une des protagonistes de l’émission "Secret Story" ayant constaté la publication de photographies la représentant, en train de faire une fellation à son partenaire (c’était donc plutôt un "reality chaud" :-), dans une revue d’une haute tenue intellectuelle, s’est crue autorisée à agir en justice contre ce magazine.

C’est ainsi que le juge expose d’abord les faits de la cause :

"Emilie et Léo sont deux intrépides aventuriers de la médiatisation télévisée ayant illustré les meilleures heures du programme de téléréalité intitulé par antiphrase "Secret Story" (saison 3) où il n’y a ni secret ni histoire, mais cependant une observation des faits et gestes des jeunes gens qui y participent sous l’oeil des caméras, où le téléspectateur finit par s’attacher aux créatures qu’il contemple, comme l’entomologiste à l’insecte, l’émission ne cessant que lorsque l’ennui l’emporte, ce qui advient inéluctablement, comme une audience en baisse"

Mais "un seul être vous manque et tout est dépeuplé", alors, sevrés du programme télé qui s’achève, les affictionados se ruent sur les gazettes, sûrs qu’elles sauront entretenir aussi durablement que possible, le feuilleton du rien, passion toujours inassouvie des sociétés contemporaines. Les cobayes, trop heureux de voir quelques flashs qui crépitent encore, et désormais adeptes de l’exposition de soi, courent de l’une à l’autre, comme un canard sans tête, accordant des interviews ou posant pour des photos.

Conclusion

Après avoir, "la main tremblante mais sans remord", retenu les atteintes à la vie privée et au droit à l’image qui résultent des faits de la cause, le magistrat, tenant compte de la haute moralité de la donzelle, a décidé de lui accorder une indemnisation à la hauteur de l’importance du préjudice qu’elle a subi, 1 euro !

P.-S.

Le texte complet de la décision sur Juriscom, ou en copie locale en cas d’inaccessibilité.

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